Témoignage : Un peu d'attention.
Envoyé par *****, le 26/09/2009 à 22h45.
Bonjour, grâce à facebook j'ai découvert votre site, et j'ose aujourd'hui m'y rendre. Voyant que vous demandiez des témoignages je me suis dis que peut être le mien vous serait utile. Cela fait toujours du bien de raconter.
Alors voilà j'ai actuellement 17 ans et des poussières, je fêterai mes 18 printemps dans quelques mois et il y a peu de temps encore la seule chose qui m'importait était la fin. Je fus, et suis peut être encore, atteinte d'anorexie mentale. A le dire, aujourd'hui, j'en ris, jaune mais j'en ris. Je suis née boulotte, grande gourmande j'ai toujours aimé manger, j'ai toujours eu de bonnes joues, de bonnes cuisses, et jusqu'à mes 15 ans les dictats de la minceur étaient à des lieux de contrôler mon assiette. Contrairement à beaucoup d'anorexiques, je n'ai pas commencer mon "régime" par désir de maigrir, par envie de purification ou par volonté de devenir légère comme elles le disent souvent. Je dis elles parce qu'en majorité les anorexiques sont des filles. J'ai commencé ce qui fait aujourd'hui la honte et la tristesse immense de mes parents, mon père surtout, à l'âge de 16 ans.
J'ai déménagé l'année de ma première du jour au lendemain. J'avais des amies, une envie de vivre des choses nouvelles, j'étais passionnée par l'équitation et j'avais trouvé la jument de mes rêves, en cours tout allait plutôt bien, et je me préparais à des études scientifiques. Tout cela envolé en deux cartons pour une nouvelle destination. J'ai vécue chez de la famille quelques mois. Les mois les plus terribles pour moi. Tout le monde était gentil avec moi, je m'étais fait de nouvelles connaissances, charmantes. Mais ma tête n'allait pas. Aujourd'hui quand j'y repense je ne saurai dire ce qui n'allait pas. Mais j'ai décidé, par jeux, de ne plus manger le midi, de grignoter le matin et de laisser mon assiette pleine le soir. Cette période a duré quelques mois. J'ai retrouvé mes parents dans notre nouvelle maison et tout s'est calmé. Cette période là ne fut pas trop néfaste pour moi, quelques kilos en moins tout au plus, mais rien de bien alarmant. Il faut dire que j'avais trouvé un ami qui ne me lâchait pas.
Et un jour tout est remonté. Un jour, un soir plutôt, pour une raison un peu obscure, je me suis vue dans le miroir et j'ai décidé de maigrir. Là mon histoire diffère de celles des autres, je ne me voyais pas grosse, grasse ou quoique ce soit d'autre. Mon unique désir était de mourir. Je me rend compte aujourd'hui de l'horreur que c'est de penser ça, mais à ce moment là, je n'avais pas le courage de mettre seule fin à mes jours, je comptais sur une mort lente : mourir de faim.
Tout cela ne fut pas si dur en fait, faire plus de sport, se lever plus tôt que tout le monde, "mais si j'ai déjà pris mon petit déjeuner", ne rien acheter le midi à manger et demander des soupes le soir. C'est allé très vite en somme, personne ne s'est rendu de rien. J'avais paradoxalement à mon désir de mort, une envie, tout aussi absurde, de perfection, je me devais d'être parfaite, dans mon langage, mes notes, mon apparence. Mes résultats scolaires devinrent une obsession, la moindre mauvaise note m plongeait dans des crises de larmes le soir venu, je me privais de tel ou tel autre chose pour me punir, je me griffais pour m'obliger à travailler plus. Je ne mangeais pratiquement plus, des pommes et de la soupe comme seuls aliments, je ne rêvais que de m'écrouler devant tout le monde, en coma profond pour qu'on s'occupe de moi. J'étais mon propre tortionnaire.
J'aurais pu descendre encore. Mes amis ne se sont inquiétés que lorsque je paradais dans mes vêtements devenus bien trop larges, et mes pertes de poids très rapide.. Vous pensez bien qu'à 300 kcal par jour il était facile de perdre. Après avoir perdu un peu plus de 10 kilos en 1 mois et demi mes professeurs de terminal se sont inquiétés, sont venus me voir et enfin l'infirmière scolaire a menacé de prévenir ma mère si je ne le faisais pas. Elle n'eut pas à le faire, une énième crise à la maison entre ma mère et moi (nos relations étaient devenus plus que tendues) que je n'avais pas eu la force de cacher me transforma en loque tremblante en plein milieu de la cours de mon lycée. Plus aucune envie de rentrer chez moi, j'avais même prévue une fugue.
De là, ce fut le début de la remontée, le psychologue, le médecin, les cachets, le regard de mes parents, accusateurs, ils ne comprennaient rien, leur honte par rapport à ça, les larmes de ma mère. En l'écrivant j'ai encore des larmes au bord des cils. Et puis le soutien des amis, leurs inquiétudes. Sans m'en rendre compte j'avais enfin tout ce que je désirais, inquiéter tout le monde, ils ne vivaient plus que pour moi, ma mère ne faisait plus ses nuits, mon ordinateur fut fouillé, mes amis furent mis à contribution pour surveiller mes repas.
Aujourd'hui j'ai repris mes 10 kilos, placés là où on aime les voir me dit on. La chose qui m'a sauvé ? Qu'on le remarque. Et l'amour. C'est idiot à dire mais c'est ce qui m'a sortit de là. Celui de mes amis, de mes parents, et d'un Lui particulier. Aujourd'hui je surveille mes assiettes, je ne sais toujours pas ce que c'est de bien manger, et, je le cache bien sûr, la moindre contrariété me coupe l'envie de manger et je sors courir. Si mon désir de mort à lui disparu, et heureusement, aujourd'hui je regarde l'avenir, j'ai obtenu mon bac, les portes de l'avenir s'ouvrent, mon désir de perfection est lui toujours là. Mais je crois avoir su le transformer en un moteur, je fais du sport pour avoir une silhouette, je cuisine pour faire plaisir aux autres, je mange de petites assiettes certes mais je ferme mon esprit à la culpabilité.
Je crois honnêtement que, et c'est bien triste, qu'on en sort jamais de ce cercle, parce qu'il devient une façon de penser, mais une fois qu'on a compris l'erreur que c'est, le mal que cela créé (j'ai connu une aménorrhée de 9 mois et j'en paye aujourd'hui les conséquences), on finit par trouver la force de taire notre "petit démon", on se force à vivre avec, à écouter la voix qui nous dit "vit" plutôt que celle que nous dit "meurt".
Voilà ce long témoignage, jamais aucun mot ne pourra cependant décrire l'enfer que c'est, les larmes versées lorsque seule dans son lit tout ce qu'on sent c'est cette graisse qui nous entoure, la vie qui tape dans nos veines quand tout ce qu'on désire c'est de s'éteindre. Mon adolescence s'est terminée là. J'ai aujourd'hui supprimé tous les tableaux de calculs de calories, supprimé mes comptes sur les sites "pro ana" ; j'ai grandi avec cela, paradoxalement la chose qui devait me tuer m'a fait grandir.
Je ne souhaite à personne de connaître cet enfer, et pourtant nous sommes si nombreuses.
Pour en sortir je suis passée par une période de boulimie non vomitive, ces filles là sont malheureuses.
Et tout cela n'est malheureusement que de tristes et désespérés appels à l'aide, des folies esthétiques.
Je ne sais pas si mon récit aidera ou permettra de mieux comprendre ce désastre. Mais je fut heureuse d'en parler un peu.
Merci de m'avoir lu.
Au revoir.
Mlle Elvina B.